Spiritualités

Spiritualités et buts du renouveau charismatique catholique

I. Retour au Cénacle …

La foi en l’Esprit Saint est une vérité fondamentale pour tous les chrétiens. L’Esprit Saint est la PERSONNE de la Très Sainte Trinité, Dieu Éternel de toujours. De même nature, de même gloire et majesté que le Père et le Fils. Le jour de la Pentecôte a eu lieu une manifestation extraordinaire de la venue de l’Esprit Saint laquelle a donné la naissance à l’Église du Christ. Depuis ce jour-là l’Esprit Saint veille toujours sur l’Église :

  • la sanctifie
  • la guide vers la vérité entière
  • l’éclaire
  • la fait animer
  • la fait renouveler
  • lui donne l’efficacité en toute sorte d’apostolat etc.

L’action de l’Esprit Saint dans la vie de chaque disciple du Christ et dans la vie de son Église est une chose continuelle et permanente en tout temps. Le mystère de la Pentecôte n’est pas une chose ponctuelle, terminée une fois pour toutes. Les grâces qui viennent du mystère de la Pentecôte se manifestent soit d’une façon individuelle ou communautaire jusqu’à la fin du monde. Le mystère de la Pentecôte est une réalité continuelle…

L’action de l’Esprit Saint au temps de la naissance de l’Église et durant les premiers siècles a été très palpable, visible et rendait l’annonce de la Bonne Nouvelle très efficace. Cette action de l’Esprit Saint a été accompagnée et ointe par des multiples grâces appelées CHARISMES… Certes cette manifestation abondante de l’Esprit Saint en ce temps-là a été prévue par Dieu pour faire le départ efficace de la première communauté chrétienne dans le monde païen.

Avec le temps, la manifestation populaire et spectaculaire des charismes dans la vie du peuple de Dieu diminuait. Cela a été dû au manque de l’engagement radical vis-à-vis de Dieu. Devenir chrétiens à un certain temps a été commode, et souvent une telle décision manquait de la vraie conversion. Mais jamais les charismes de l’Esprit Saint ont disparu complètement. Tous ceux qui ont choisi le chemin radical au service de Dieu et se sont soumis à l’Esprit Saint, jouissaient toujours de l’abondance de ses grâces, dons et charismes. La vie de milliers de Saints et de Saintes de notre Église confirme cette déclaration.

Le temps de l’Église c’est le temps du salut, l’histoire du salut que nous vivons à présent. Le même Dieu, qui agissait au milieu de son peuple dans le passé, agit de la même évidence aujourd’hui. Si nous regardons l’histoire de l’Église avec les yeux de la foi, nous remarquons combien de fois l’Esprit Saint a intervenu pour guider son Église, la secouer, la renouveler ou lui rappeler avec une nouvelle force des vérités, des appels, et des grâces lesquelles se trouvent dans la trésorerie de son Église. Il y a eu des périodes dans le passé où l’Église a été affaiblie dans la foi ou malade à cause des infidélités ou est devenue trop « sèche et formaliste ». À ce moment-là, l’Esprit est venu en aide par l’intermédiaire des événements particuliers, par la présence des Saints, par des nouveaux mouvements suscités par lui, par des diverses manifestations ou apparitions.

La première communauté de l’Église est née au Cénacle. Le vécu du Cénacle, son ambiance, la foi qui animait ce premier groupe, l’amour et l’ouverture au Don de l’Esprit Saint, sera toujours un modèle pour l’Église de tout temps. Si l’Église du Christ d’aujourd’hui veut être authentique, dynamique et efficace dans son témoignage, elle doit se rappeler de ce que signifie la grâce du Cénacle pour lui. L’oubli et l’abandon de cette grâce cause la faiblesse et la régression de l’Église. Retour au Cénacle pour l’Église dans le sens figuratif et littéraire signifie retour à l’Esprit Saint… L’Église dans son ensemble et dans ses membres vit de l’Esprit Saint… C’est l’Esprit Saint qui est appelé l’âme de l’Église.

 

II. De la Pentecôte universelle vers la « pentecôte personnelle »…

L’effusion de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte a fait transformer le groupe des Apôtres avec les premiers chrétiens en Église vivante, dynamique, forte et capable de transformer le monde… Nous nous posons la question : « Dans quelle mesure peut-on transformer cette expérience de « pentecôte » passée de l’Église universelle en « une pentecôte personnelle » ? C’est lors de l’initiation chrétienne / Baptême – Confirmation- Eucharistie / que normalement on devrait expérimenter personnellement la forte présence et l’action de l’Esprit Saint dans la vie de chaque chrétien. Mais malheureusement, l’observation atteste que très peu de gens peuvent témoigner d’une telle expérience vécue. Donc forcément la question se pose… Où est la faute ? Et dans quel domaine y-a-t-il un manque qui prive la plupart des chrétiens d’une expérience vitale pour leur vie de la foi ?

Nous ne mettons pas en question la validité formelle des sacrements d’initiation chrétienne. Mais on ose poser la question : « Est-ce que la méthodologie de la préparation lors de l’initiation chrétienne largement répandue dans l’Église catholique n’a rien à se reprocher ? Ou possible suggestion que les gens sont trop « sacramentalisés » et très peu évangélisés ? Une telle question est ouvertement posée depuis longtemps par plusieurs théologiens de notre temps qui réfléchissent sur la crise de la foi dans plusieurs parties du monde. Voulant être « au cœur de l’Église », le Renouveau charismatique, soucié de cette situation et profitant de son expérience pentecostale et charismatique, voudrait proposer à tous les chrétiens un cheminement spirituel qui semble être un remède efficace pour des millions personnes à notre époque. Ce cheminement voudrait aider la personne à vivre l’initiation à la foi catholique et à vivre sa foi au quotidien comme « une Pentecôte personnelle », comme une « effusion palpable ».

III. Esprit Saint qui renouvelle et fait des œuvres nouvelles…

Quelle est, à proprement parler, la bonne nouvelle que Jésus est venu annoncer aux pauvres ? Reprise sous différentes formes, elle reste toujours la même : Le Royaume de Dieu est arrivé pour vous (Luc 11, 20 ; cf. 10, 9).

Cette « nouvelle » est sous-jacente à tout son enseignement : le Royaume de Dieu est arrivé pour vous :

  • C’est pourquoi aimez vos ennemis;
  • C’est pourquoi si ta main te scandalise, coupe la ;
  • Ne vous souciez donc pas de votre vie, mais cherchez avant tout ce Royaume.

 

Bref, la Bonne Nouvelle est celle-ci : les vieilles choses sont révolues et le monde est devenu une nouvelle création, car Dieu y est descendu comme Roi. Tout est suspendu à cette annonce, aussi concise qu’importante.

IV. Esprit Saint source des charismes…

La marque distinctive des charismatiques est telle qu’ils croient fortement que le rôle de l’Esprit Saint n’a pas changé et que nous pouvons faire l’expérience de sa présence, de sa force et de ses dons (charismes) de la même manière que les premiers chrétiens. Avant tout, le nom de « Association charismatique » vient du mot « charisme » qui signifie le don de l’Esprit Saint donné à un croyant. Ce don ou les dons sont spirituels, les grâces données aux hommes, pas pour son propre profit spirituel, mais pour le profit, pour le bien commun. Il y a des charismes ordinaires et extraordinaires qui sont prédestinés pour rendre l’annonce de l’Évangile plus efficace. Une telle liste des charismes est offerte par St. Paul dans sa 1ère Lettre aux Corinthiens, chapitre 12-14. Lisant cette lettre nous pouvons comprendre que ces grâces font partie « normale » de la vie chrétienne « normale » !!!

La vie chrétienne « normale » veut dire la vie dans la foi complète et d’une union profonde avec l’Esprit Saint. Une phrase exprime la vérité fondamentale dans ce sujet que : « les charismes ne peuvent pas se manifester si la foi n’est pas vécue d’une façon intense et radicale. ». En tant que chrétien « normal », il nous faut aspirer aux charismes, de les demander et d’accepter la croissance dans ces grâces… (St Paul, 1 Co 14, 1). Dans la vie spirituelle médiocre, basée seulement sur la coutume, habitude ou tradition – nous avons peu de chances de faire l’expérience vitale de ces grâces.

On peut dire que tous les chrétiens sont d’office « charismatiques ». Le jour du baptême le Seigneur nous a tous procuré des « germes » de charismes dans notre âme. Leur développement dépend de la foi et de la conversion. Si quelqu’un n’a jamais fait l’expérience d’un charisme, cela prouve que sa vie spirituelle est loin d’être « normale »… Tous les Saints et Saintes sont des charismatiques « par excellence ». Dans leur vie exemplaire de la foi nous remarquons une multitude de charismes. Ces grâces se sont manifestées dans leur vie et différentes vocations ou missions qu’ils accomplissaient. Je parle surtout de leur mission évangélique proclamant la vérité de l’Évangile et de l’annonçant.

Les charismatiques à notre époque eux aussi :

  1. ils croient que les charismes peuvent se manifester aujourd’hui,
  2. ils sont convaincus qu’on a besoin de charismes pour une vie chrétienne « adulte »,
  3. avant tout encouragés par les paroles de St Paul, les charismatiques d’aujourd’hui eux aussi ASPIRENT aux charismes et ils demandent consciemment l’Esprit Saint de multiplier ces grâces dans leur vie,
  4. armés de charismes selon la volonté de l’Esprit Saint, les charismatiques sont prêts et disponibles d’utiliser leur dons et charismes pour fertiliser l’apostolat de l’Église, pour rendre plus efficace l’annonce de la Bonne Nouvelle.

L’effusion dans l’Esprit libère les charismes dont on parle dans 1 Cor 12, 8-10. Certes, ces charismes ont toujours été présents dans l’Église, mais dans le Renouveau charismatique ils se sont manifestés avec une nouvelle profusion et dans tous les états de vie : clergé, religieux, laïcs. / regarde l’opinion du Raniero Cantalamessa, prédicateur officiel des derniers Papes, son livre « Dons et Charismes dans la foi et la vie de l’Église », Edition des Béatitudes, page 68/. Je répète que dans l’Église durant des siècles, les charismes ont toujours été compris, pas d’abord comme des dons pour soi, mais qu’ils étaient donnés pour la construction de l’Église et pour le travail d’évangélisation. La où le Renouveau est sain et exerce les charismes de façon adulte, l’accent n’est pas mis sur la nature miraculeuse ou extraordinaire de ces dons, mais bien plutôt sur leur capacité à être le truchement de l’amour de Dieu et à construire le corps du Christ.

Bien que les charismes soient donnés à chaque membre du corps du Christ (1 Co 12, 7), peu de catholiques sont conscients d’avoir des charismes, ni savent comment les utiliser. Les charismes sont distincts des dons de sanctification donnés à tous au baptême (Is 11, 1-2), qui complètent et mènent à leur perfection les vertus. (Catéchisme de l’Église catholique CEC n°1831 et aussi n°798-801). Les charismes sont distincts des talents humains, quoiqu’ils puissent parfois s’appuyer sur des talents humains tels l’enseignement et l’hospitalité. Les charismes sont distribués de façon variée à des personnes variées.

Renouveau charismatique, même ici à Madagascar depuis, fait largement l’expérience de la présence de ces grâces dans leurs groupes de prière de toute I’Île. Ils sont prêts à témoigner de merveilles de l’Esprit Saint à nos jours. Pour un candidat au mouvement charismatique, une occasion exceptionnelle (et pas du tout unique) se présente lors de prière de l’effusion durant la retraite kérygmatique. Ceux qui sont passés par cette expérience sont après tous joyeux et surpris qu’un tel trésor leur ait été inconnu et ignoré. Il y a encore tant de rives … tant de trésors… tant de perles cachées… devant nos yeux. Seulement ceux qui sont simples et humbles et assoiffés peuvent les trouver. Pour cela, il nous faut vêtir habitude des petits enfants, parce que c’est à eux qu’appartient le Royaume de Dieu…

V. Retour au Kérygme

Dans l’encyclique « Evangelii Nuntiandi », le Pape Paul VI traite le rôle de l’Esprit Saint dans l’évangélisation (n° 75). Il déclare que celui-ci en est l’« agent principal ». Il exprime le vœu que les pasteurs, les théologiens et les fidèles s’appliquent davantage à l’étude de la nature et des modalités de l’action du Saint-Esprit dans l’évangélisation actuelle.

Si l’Esprit du Seigneur descendit sur Jésus de Nazareth, ce fut avant tout pour qu’il pût prêcher la « bonne nouvelle » : Le Règne de Dieu est arrivé. Aujourd’hui, le Saint-Esprit est sur l’Église (et sur ceux que l’Église envoie évangéliser) pour la même raison : afin qu’elle proclame la « bonne nouvelle », à savoir, que Jésus, crucifié et ressuscité, est le Seigneur. Lors du discours prononcé par Pierre après la Pentecôte les gens ont entendu : « Vous avez tué Jésus de Nazareth ; Dieu l’a ressuscité. Repentez-vous ! » (cf. Ac 2, 37). Tel est le véritable « glaive de l’Esprit »… c’est le KERYGME.

On a écrit : « Au commencement était le kérygme » (M. Dibelius). Ce qui veut dire que l’Église est née du kérygme.

Il faut présenter cette annonce fondamentale de façon nette et carrée, non seulement aux catéchumènes, mais à tous, puisque la plupart des chrétiens d’aujourd’hui ne sont pas passés par le catéchuménat. La proclamation de Jésus comme Seigneur devrait retrouver sa place d’honneur à tous les moments forts de la vie chrétienne : baptême des adultes, culte eucharistique, rénovation des promesses du baptême, conversions individuelles, début des catéchèses, des sessions bibliques et des groupes de prière, ainsi qu’à l’occasion de retraites, de missions populaires…

Aujourd’hui encore, tout comme aux origines de l’Église, ce ne sont ni les apologies, ni les traitées théologiques ou politiques, ni les discussions interminables, qui tireront ce monde de la torpeur de son incrédulité et le convertiront à l’Évangile, mais l’annonce simple et forte de la force même de Dieu : « Jésus est le Seigneur ».

Dans l’Exhortation Apostolique « EVANGELII GAUDIUM » du Pape François nous lisons :

Nous avons redécouvert que, dans la catéchèse aussi, la première annonce ou « kérygme » a un rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial. Le kérygme est trinitaire. C’est le feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père.

Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer ». Quand nous disons que cette annonce est « la première », cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments.

 

Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement catéchétique, et qui permet de comprendre convenablement la signification de n’importe quel thème que l’on développe dans la catéchèse.

 

C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain. La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui, aujourd’hui, sont nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques.

VI. Kérygme rencontre avec Jésus Vivant

Il n’y a pas de don de l’Esprit Saint sans rencontrer Jésus, Seigneur et Sauveur. Le jour de Pentecôte, la première annonce faite par Saint Pierre Apôtre concernait la personne de Jésus Christ. Une telle annonce où Jésus est présenté comme Seigneur est appelé Kérygme. En s’approchant de Jésus dans la foi et dans la conversion, nous remettons notre vie dans ses mains, dans son amour infini. Kérygme comme l’annonce pleine de force, de conviction et de témoignage encourage les débutants et suscite en eux la foi vivante et le désir de rencontrer Jésus dans leur propre vie. Il est vrai que la spiritualité charismatique est de sa nature pentecostale, mais elle passe avant tout par la christologie. Au centre du premier cheminement vers la vie nouvelle est la PERSONNE de Jésus-Sauveur et Seigneur personnel. Toute formation au sein du Renouveau charismatique emmène les débutants vers la Personne vivante du Sauveur, Jésus Christ.

VII. Kérygme vers une nouvelle naissance dans l’esprit

La vie nouvelle, la nouvelle naissance de la personne dans l’Esprit, tel est le but en plus de la prédication kérygmatique. Nous guidons les débutants vers Jésus qui, par son Esprit, donne la vie nouvelle. Une telle vie est possible et réelle. Il faut la désirer et demander. Seulement, la vie en communion avec Jésus et en obéissance à son Esprit peut nous procurer le bonheur et la plénitude. La plupart des chrétiens se sont arrêtés à mi-chemin pensant que c’est tout ce qu’on peut espérer de la vie de prière… Pourtant la vérité est tout à fait différente. La vie dans la grâce de l’Esprit Saint possède des horizons sans limites.

Rappelons-nous la rencontre de Jésus avec Nicodème. Discrètement, Jésus ouvre le cœur de Nicodème et l’invite à la nouvelle naissance par le moyen de la foi et de la conversion. Croyons-nous aussi. Une telle grâce est à la portée de nos mains. Croyons que c’est possible et ne gâchons pas notre vie.

VIII. Kérygme cheminement vers l’effusion

Le Kérygme n’est pas le but en soi-même. Le Kérygme offre plusieurs messages qu’il faut obéir et accueillir. Tous ces messages ouvrent le chemin à une grâce extraordinaire, vers l’effusion de l’Esprit Saint. Notre cœur a besoin d’être purifié, sanctifié et soumis à Dieu et c’est seulement après qu’on est capables  d’accueillir le Don d’en haut.